C’est une page de l’histoire de la Guinée qui se tourne avec la disparition de l’un de ses fils les plus prestigieux auquel toute la classe politique guinéenne et celle de la Côte d’Ivoire ont tenu à rendre un hommage mérité.
L’œuvre de l’ancien premier ministre Sidya Touré aura été toute sa vie d’être au service de sa patrie. C’est pourquoi les sensibilités politiques et sociales n’ont pas tardé à réagir à l’annonce de son décès ce vendredi 25 septembre 2026, à moins d’une semaine de la commémoration du 68ème anniversaire de l’accession à l’indépendance du pays qui l’a vu naitre et pour lequel il s’est battu.
Du gouvernement guinéen aux leaders des partis politiques en passant par les anciens commis de l’Etat et les notables du pays, tous unanimement ont loué la valeur du leader de l’Union des Forces Républicaines (UFR).
Manguè Dunké, comme aimaient l’appeler affectueusement ses militants et ses admirateurs, mènera une brillante carrière en Côte d’Ivoire avant son ascension fulgurante au sommet de l’Etat dans son pays natal.
En Côte d’Ivoire, Sidya a exercé d’importantes fonctions administratives et économiques. Il occupa des postes de direction au sein du trésor et de l’office de commercialisation des produits agricoles (OCPA) ainsi que des rôles de conseiller et de direction au ministère du plan et de l’industrie et au développement industriel avant d’être directeur de cabinet d’Alassane Ouattara à la primature. Il présida également la Société financière et industrielle du golfe (SOFIG) et siégea comme administrateur dans les entreprises publiques et bancaires.
Pour redresser l’économie guinéenne et rétablir l’eau et l’électricité, le président Lansana Conté le nommera comme premier ministre en 1996.
Ce technocrate imbue de sa conception libérale de l’économie, conduisit des reformes dans tous les secteurs stratégiques de l’économie et assainit les fichiers de la fonction publique en supprimant des milliers de postes fictifs qui constituaient un creux financiers que certains crocodiles du marigot politique et économique guinéen s’abreuvaient.
Non sans déranger certains caciques du sérail devenus crocodiles, il détruisit plusieurs grands réseaux de détournement de fonds publics. C’est pourquoi ceux-ci le combattissent avec détermination pour l’éjecter du fauteuil du poste de premier ministre.
Qu’à cela ne tienne, cette éviction n’a nullement empêché les analystes économiques et politiques à reconnaître le serviteur de l’Etat, l’homme de conviction et le républicain qu’il fut.
Pour cause, ces reformes ont non seulement attiré les bailleurs de fonds, obtenu un programme formel avec le Fonds monétaire international (FMI) qui a permis à la Guinée d’accéder au statut de Pays pauvre très endetté (PPTE) mais aussi rétabli les services sociaux de base comme l’eau et l’électricité. D’où cet affectueux surnom « Sidya Courant » en 1999.
En 2000 il prend la tête d’un parti qui n’avait pas d’ancrage ethnique ou régional dans les valeurs et les choix véhiculés. Grâce à cela d’ailleurs, l’Union des forces républicaines (UFR) a pu s’implanter avec succès sur tout le territoire. Mais par la force de l’ethnocentrisme du paysage politique guinéen, le parti s’est vu, à l’instar des autres partis à grande obédience, obliger de puiser l’essentiel de son électorat dans la région de la Basse-Guinée dont Sidya était originaire.
Blessé lors des massacres du 28 septembre 2009 pendant la transition militaire dirigée par le Capitaine Dadis Camara, l’opposant Touré et sa formation politique s’imposeront comme la troisième force du jeu politique lors des élections de 2010 et de 2015 avant d’être le haut représentant du président Alpha Condé.
Puis vint le divorce quand ce dernier a entamé son projet de tripatouillage de la constitution pour légitimer son troisième mandat. Sans hésiter, l’UFR rejoint l’opposition pour combattre ce projet d’ Alpa Condé.
Le 5 septembre 2021, le mouvement pendulaire de l’histoire guinéenne s’accélère. Alpa Condé est renversé par les forces spéciales. Les leaders des principaux partis politiques s’exilent pour des raisons apparemment connues de tous mais non officielles. C’est ainsi que l’homme aux petites lunettes s’est retrouvé à sa case de départ où il a commencé cette brillante carrière enviable.
Aujourd’hui la Guinée est en deuil. Elle pleure la disparition d’un grand commis de l’Etat rompu à la tâche qui avait une haute idée des institutions guinéennes et de la responsabilité. Celui qui a incarné une certaine idée de l’autorité de l’Etat, de la rigueur budgétaire et de la responsabilité politique lors de son passage au palais de la Colombe.
L’homme à la fine moustache calme, posé et réfléchi aura porté avec constance ses convictions et sa conception du service de la république et aura toujours su faire preuve d’un respect du débat démocratique.
Sidya a tiré sa révérence sans abandonner son combat politique. Il est parti avec l’arme à la main sans atteindre tous ses objectifs mais a su laisser derrière lui, force est de le reconnaître, un héritage qui sera une source d’inspiration et un modèle pour ses congénères.
Repose en paix patriote !
Bangaly Condé « Malbanga »

